L’alopécie chez le spitz

L’auteur, Elena Gaïnoulina, médecin vétérinaire, expert en cynologie, propriétaire du centre d’élevage canin « De Panda Charme »

 

L’alopécie chez le spitz est un phénomène très répandu. Les aide-mémoire vétérinaires ne donnent pas d’explications claires sur les origines de ce problème en se contentant d’indiquer que ses causes restent inconnues. C’est pourquoi l’alopécie chez le spitz porte souvent le nom de « l’alopécie iks » (appelée également « la maladie de la peau noire », « BSD (Black Skin Disease) », « l’alopécie X »). Les meilleurs centres d’élevage canin du monde essaient de trouver un remède à l’alopécie.     

En tant que médecin vétérinaire chargé depuis plusieurs années de l’élevage des spitz poméraniens, je voudrais bien exposer ici mes observations concernant ce sujet. En règle générale, l’alopécie chez le spitz est une conséquence des erreurs commises dans l’alimentation et d’un mauvais entretien du pelage, ainsi que d’un manque de promenades. Les chiens mâles sont plus souvent touchés par cette maladie que les femelles. Toutes ces questions sont abordées tour à tour ci-dessous.

 

L’entretien du pelage.

Le spitz en bonne santé a de bonnes jarres (poils de couverture) et un duvet bien dense (sous-poil).  Plus le poil d’un chiot est laineux, plus ce dernier est attractif pour les acheteurs potentiels, mais très souvent de nouveaux propriétaires heureux ne savent pas entretenir correctement le pelage épais ou « ouaté ». Si la baignade et le brossage d’un chiot sont rares, ou au cas où le démêlage n’est pas profond, cela aboutit très vite à l’apparition de nœuds inextricables appelés « bourres », « catons », « tapons »… Par conséquent, la mue étant entravée, les follicules pileux demeurent inactifs. C’est ainsi que l’alopécie émerge.   

 

Comment éviter l’alopécie chez le spitz poméranien ?

Tout d’abord, il ne faut pas lire et suivre le conseil de laver le chien pas plus qu’une fois par six mois. Cette recommandation n’est bonne que pour les chiens à poils courts dépourvus de sous-poil soit pour les chiens qui vivent dehors. Il est indispensable de laver le spitz une fois par semaine en utilisant les shampooings hydratants et de conditionneurs de la meilleure qualité possible. Le lavage permet d’enlever en douceur les poils morts alors qu’un bon conditionneur hydrate bien le pelage devenu trop sec à cause de l’air dans l’appartement ou du chauffage.   

Ensuite, il faut démêler soigneusement le poil après l’avoir préalablement hydraté avec le conditionneur dilué dans l’eau dans les proportions suivantes : dix volumes d’eau pour un volume de conditionneur. Arrosez le pelage avec la solution sous forme de spray, attendez quelques minutes (1-3 minutes), et puis étrillez délicatement le poil du chien à l’aide de la carde dans le sens du poil. Le massage de peau assuré lors du brossage améliore la circulation du sang, renforce les follicules pileux et contribue au changement du poil soi-disant « de bébé ». Il est préconisé de faire le brossage 3 fois par semaine.   

 

Promenades.

Le spitz n’est pas un chien d’appartement, il faut le promener régulièrement. Tous les jours, quel que soit le temps, et surtout en hiver, car le temps frais stimule bien la croissance des poils. Il faut prendre en considération que les spitz mâles requièrent en particulier une attention plus grande à leurs promenades.

 

Il est à noter ici, par précaution, que le spitz n’a pas besoin de vêtements : ni habits chauds ni froids ni beaux. A titre exceptionnel, on peut utiliser occasionnellement un imperméable léger si le temps est particulièrement mauvais, bien que le Spitz en bonne santé ait par nature un pelage étanche.    

 

L’alimentation.

Tout le monde sait bien qu’il faut nourrir le chien soit de la nourriture industrielle de qualité supérieure et haut de gamme soit de la nourriture maison bien et correctement équilibrée.  Selon les dernières recherches effectuées sur le métabolisme chez le spitz poméranien, environ 60% des éléments nutritifs servent à la constitution et à la croissance de la fourrure ! Néanmoins de nombreux propriétaires négligent obstinément les recommandations.

On nourrit des chiots du sucré, du gras, du fumé, du salé. Tout éleveur et tout médecin vétérinaire a entendu des milliers de fois dire : « c’est juste un petit morceau », « il adore ça », il ne mange rien d’autre » ou ma phrase préférée « on a toujours nourri comme ça nos chiens et ça n’a jamais posé de problèmes ». Alors que les chiots, ces petits manipulateurs, en jouissent bien et refusent à leur tour de manger les croquettes en réclamant du fromage, du saucisson, de gâteaux et plein d’autres choses. On lui en donne encore plus car le petit a faim. Ça vous est familier ?  Par conséquent, le pancréas, le foie et tout l’appareil digestif sont affectés. On peut observer par la suite chez le chien la diarrhée, le trouble métabolique et bien d’autres problèmes y compris les soucis avec la fourrure.

 

Les symptômes de l’alopécie.   

Comment identifier la maladie au plus tôt ? La première chose qui doit vous avertir est la sècheresse du pelage. Si votre chiot commence à ressembler d’un coup à une victime d’un coiffeur recalé et ses poils deviennent très secs, abîmés, d’une texture de « paille », comme si brûlés par la coloration chimique agressive, il faut agir en urgence.

Les autres symptômes de l’apparition de maladie : le cas où un chiot à l’âge d’un an n’a pas de jarres (poils de couverture) sur le dos ; ainsi que l’apparition de « trous » dans le pelage sur les pattes arrières ou sur la queue.    

 

Comment traiter l’alopécie ?

Tout d’abord il faut commencer par le lavage d’un chien une fois par 3 jours en utilisant le shampooing Nizoral (vous pouvez le trouver en pharmacie) pendant un mois (donc 10 fois au total).  Très souvent lors de l’apparition des symptômes décrits ci-dessus, le système immunitaire cutané est affaibli ce qui entraîne par conséquent des mycoses. Même si votre vétérinaire n’est pas parvenu à diagnostiquer l’affection cutanée, je vous conseille quand même d’utiliser Nizoral car d’une part, de nombreuses infections fongiques sont très difficiles à diagnostiquer et d’autre part, en aucun cas Nizoral ne fera du mal à votre chien.  

A la fin du traitement avec Nizoral, il serait utile de passer au shampooing ou au savon goudronneux. Par contre il est indispensable d’appliquer à la suite un très bon conditionneur hydratant. Mon conditionneur préféré est ARTERO Protein vital.

En parallèle avec le lavage :

– La vaccination thérapeutique : le vaccin Polivak-TM (le vaccin contient huit types de champignons du genre Microsporum et Trichophyton), dont la posologie doit être ajustée en fonction du poids d’un chien. Le vaccin est administré par la voie intramusculaire et prévoit deux injections. L’injection doit être faite dans une patte et dans dix jours dans l’autre.  

– Donnez le médicament antihistaminique (comme Fenistil/Zyrtec/Suprastin) et assurez les soins antiparasitaires pour éliminer les puces et les tiques. L’utilisation d’un médicament antihistaminique est indispensable en raison d’une réaction allergique très fréquente suscitée par le traitement antiparasitaire.  

D’après mon expérience, le médicament antiparasitaire le plus sûr et fiable est Stronghold (en vente dans les pharmacies vétérinaires, la posologie conforme au poids d’un chien). Très bonne réputation est également maintenue par Bravecto, les comprimés à croquer pour les chiens. Mais attention, il ne faut pas donner deux médicaments au même temps, soit l’un soit l’autre, à votre choix !

– Le placenta dénaturé émulsionné (PDE) a aussi fait ses preuves. Vous pouvez le trouver en pharmacie pour injections ce qui est préférable ou à boire. C’est un cocktail tonifiant comportant les aminoacides, les vitamines et les microéléments. Ce produit peut être administré par la voie cutanée. Avant de frotter le placenta sur la peau, il faut tout d’abord la préparer soigneusement. Dans cet objectif, prenez un produit pour le gommage d’une bonne qualité (vous pouvez le trouver dans les rayons de produits de beauté dans les magasins dignes de confiance), et après le lavage de votre petit, gommez-le minutieusement. Rincez et essuyez ensuite votre chien avec une serviette et appliquez le placenta en frottant le produit sur la peau.

– Il serait utile de se procurer d’un dermaroller (rouleau à aiguilles) et d’en rouler sur votre chien en renouvelant la procédure une fois par 3-5 jours. Il est fort possible que cette cure ne soit pas trop appréciée par votre petit mais ce traitement demeure très efficace.  

En plus de tout ce qui est mentionné précédemment, je vous conseille fortement de donner à votre chien des vitamines et des probiotiques (complément alimentaire). Lactis Zoo et FortiFlora sont parmi les meilleurs. Par ailleurs, les huiles riches en vitamines sont aussi favorables à la santé d’un chien mais il faut les utiliser en respectant rigoureusement la posologie indiquée.

Si les mesures nécessaires n’ont pas été prises à temps et votre petit spitz a perdu ses poils, soyez patient, le traitement pourrait prendre entre 6 et 12 mois. Les premiers résultats seront visibles dans 2 mois environ : sur la peau d’un chien apparaissent d’abord des taches qui pèlent ensuite, et peu de temps après pousse le duvet.

Dans la grande majorité des cas, l’application stricte et rigoureuse de toutes les recommandations mentionnées ci-dessus contribue à la guérison complète d’un chien. Même si l’état de votre petit Spitz reste déplorable et tout semble sans espoir, ne baissez pas les bras, il est très certainement possible de remédier à cette situation.    

L’alopécie touche de même les chiens à l’âge adulte, très souvent en conséquence de la coupe très courte des poils à l’aide d’une tondeuse ou de ciseaux.

Quoi d’autre ? En ce qu’il s’agit du traitement de l’alopécie, il faut commencer la thérapie par l’utilisation préliminaire des méthodes atténuées décrites ci-dessus visant le rétablissement du système immunitaire et du métabolisme, ce qui s’avère efficace dans 95% des cas. La plupart des vétérinaires cherchent tout d’abord à écarter la maladie de Kuching ou les problèmes thyroïdiens.   Ces maladies étant très difficiles à déceler, les médecins vétérinaires prennent le plus souvent des mesures à l’aveugle et au hasard et prescrivent la thérapie hormonale dure à supporter et ayant des effets secondaires graves. Ne le faites pas ! Réservez ces méthodes au cas où toutes les autres mesures prises resteraient inefficaces, mais je n’arrête pas à répéter que la cause principale de l’alopécie réside certainement dans un mauvais entretien d’un chien et dans un dysfonctionnement du système immunitaire ou du métabolisme.   

De nombreux médecins vétérinaires proposent pour traiter l’alopécie de châtrer le chien. L’application de cette mesure n’est justifiée qu’à condition du dysfonctionnement hormonal incontestable et bien diagnostiqué chez le petit. Il faut souligner ici encore une fois que le diagnostic établi peut être erroné. A ce jour je ne connais pas de spécialistes à qui je pourrais accorder ma pleine confiance sur cette question. Le traitement incorrect par les hormones peut faire du mal au chien ou même entrainer la mort. Malheureusement, ce fait n’est pas rare.

Il y a une autre erreur assez répandue : si la peau est devenue foncée, il s’agit certainement d’une maladie de la peau noire. Si la peau n’est pas couverte par les poils, surtout en été, elle est brunie par le soleil et se pigmente en noir.  

La garantie accordée par l’éleveur ne s’applique pas à l’alopécie X, ainsi qu’à toute autre maladie causée par une mauvaise garde et par un entretien incorrect d’un chien.

Pour résumer : nourrissez correctement votre chien, prenez soin de sa fourrure et promenez-vous avec votre petit chaque jour ! Tout ça vous aidera à éviter l’alopécie chez le spitz poméranien.  

 

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